Lever l’Encre, c’est mon premier projet 100% รฉco-conรงu, ร base d’encres (de Chine et aquarelle) ! J’ai cherchรฉ longtemps ร me passer de la peinture acrylique, qui est un dรฉrivรฉ de la pรฉtrochimie. Je voulais aussi mettre de cรดtรฉ le papier calque, qui demande beaucoup d’รฉnergie pour รชtre produit et me posait des difficultรฉs techniques dans le montage de mes crรฉationsโฆ
Mais comment garder l’รฉquilibre entre le portrait et l’abstrait sans la transparence du calque ? Comment garder une vivacitรฉ de couleurs et des effets de transparence sans la gamme des tubes d’acrylique ? Comment remplacer mon stylo noir jetable prรฉfรฉrรฉ, lui aussi ร l’acrylique ? Aprรจs de nombreuses expรฉrimentations, des recherches approfondies sur les mรฉdiums, leur composition, leur fabrication et leur provenance, j’arrive ร cette collection ยซย Lever l’Encreย ยป, pour laquelle je travaille sur papier avec de l’encre de Chine (ร la plume rรฉutilisable, finis les stylos jetables), des encres aquarelles ร l’eau, des crayons de couleurs et des craies ร la cire.
Ces tableaux qui entrent en dialogue avec le texte, proposent de prendre le large vers la complexitรฉ des relations entre vivants humains et non-humains. Il y est donc question de vent, d’arbres, de lacs, des รฉlรฉments, des animaux, des milieuxโฆ. En hybridant le figuratif et l’abstrait, le trait et l’aplat, la ligne et la forme, le noir et blanc et la couleur, ils invitent ร explorer ce qui se trouve au-delร de la dualitรฉ nature-culture.

โ ibrida folia, 18*26cm
IL FAUT RECOUDRE
En รฉcoute ici :
Et en lecture lร :
ibrida folia
J’ai รฉcrit ce texte pour l’association des Compagnons des Arts Psychanalytiques. Il a donnรฉ lieu ร des รฉchanges poรฉtiques, ร dรฉcouvrir ICI.
ET LA MER

โ ibrida folia, 18*26cm
ELLE
Elle se tient droite, haut de falaise, et l’eau monte en elle d’un coup, du nombril aux paupiรจres. Cela faisait si โlongtemps qu’elle n’avait pas vu la mer. รa fait mystรจre, un truc pareil, qui bouscule et apaise en mรชme temps. Elle se โlaisse dรฉborder, des larmes glissent jusqu’ร ses pieds, laisse passer, se tourne et emprunte le sentier. Descend. โBarbelรฉs. Contourne les flaques de la fin de journรฉe, pas japonais de sable inondรฉs. Son regard passe de l’horizon qui โse fait flou dรฉsormais, aux lumiรจres de la ville de l’autre cรดtรฉ. Pupilles scintillent. Elle arrive ร la plage, se dรฉshabille, โavance jusqu’ร l’eau et s’y plonge, glaciale, se fige, elle se laisser couler, touche les roches du fond, rochers cachรฉs, โmurรจnes interstitielles se terrent dans les trous fissurรฉs. Elle tape du pied et remonte, respire, l’air de ses poumons et โles embruns de son visage fuient par le vent vers le Havre et son orage lointain. Flashs ร travers les nuages, bas, โchargรฉs de gouttelettes รฉpaisses et infinies qui รฉtouffent le tonnerre et dilatent les รฉclairs. Les boules de lueur โprojettent leurs ondes vitesse vers celles qui flottent ร la surface de l’eau, un cargo puis un autre, encore, รงa fait โchenal en pointillรฉs allumรฉs jusqu’aux points rouges brรปlants de l’autre cรดtรฉ, les รฉoliennes offshore, une, deux, trente โelle ne peut les compter, lumiรจres clignotantes persรฉvรฉrantes jusqu’ร la cรดte, sautent ร pieds joints sur celles de la โville qui envahissent le ciel, bondissent en un halo violent, pas assez pour รฉteindre les astres. Les รฉtoiles au-dessus de โsa tรชte, elle s’allonge ร la surface de l’eau, sourit aux ribambelles qui la voient de lร -haut. Lui clignent d’un ลil un โsecret d’univers. ร ses pieds, la falaise ร l’envers.
TU
Le temps est long, ici. Et le vin est bon. La marรฉe monte et le bruit des vagues avec elle. Tu t’allonges sur le sable, โavec moi ? Sous les รฉtoiles. Les รฉtoiles, on ne les voit pas, mais on peut faire comme si. Ton bateau a tanguรฉ, chรฉrie, โtes dรฉmons l’ont malmenรฉ. Mais il ne coulera pas. Tu es plus forte que tu ne le crois. Mets ta main dans la mienne, si โรงa aide, et pardonne-moi d’รชtre arrivรฉ si tard. Tu dis n’importe quoi, le timing est parfait. Allonge-toi, je t’en prie, โallonge-toi, et รฉcoute-la. Qui รงa ? La nana, lร -bas, perchรฉe sur ses talons au milieu des galets, alors que le jour fait โsa malle pour danser loin des รฉtoiles ? La mer ! รcoute la mer, bรชta ! Tu ris, et les รฉclats de ton rire c’est une pure folie. Tu t’en fous, de la mer, lร , tu ne vois que ces jambes interminables โqui se terminent quand mรชme, sur trente centimรจtres de jupe… รa plaรฎt aux hommes, รงa, hein ? รa fait tourner โleurs tรชtes. Et tu es ivre. Un peu, pas trop. Tu voudrais oublier, n’est-ce pas ? Tu demandes l’impossible, chรฉrie, tu le โsais. Tais-toi, je ne veux plus jamais entendre que c’est impossible. Tu la vois, la mer, se noyer dans le ciel, la tรชte ร โl’envers ? Elle oublie tout, elle, chaque jour. Mais tu n’es pas la mer. Jette un caillou et bois un coup. Ressers-moi โdonc du vin, j’aime tes mots qui me recadrent et caressent les miens, je te l’ai dรฉjร dit ? Non mais je l’ai entendu. Tes โpensรฉes sont si denses qu’on pourrait les toucher. Tes mots et ta langue, ils applaudissent mes failles pour mieux โles combler. C’est que j’aimerais te plaire, un jour. Mais tu me plais dรฉjร . Je devrais peut-รชtre raccourcir ma jupe… โMais tu me plais dรฉjร , j’ai dit. Cesse de dire des bรชtises. รa y est, je la vois. Quoi ? La mer. Tu n’aimerais pas voir mes โjambes ? Bien sรปr que j’aimerais voir tes jambes, mais on n’a pas pris les maillots. . Et alors, tu vois quoi ? Je vois un โmorceau d’infini. C’est joli. Je voudrais me baigner. Plonger, plonger, noyer la mer et mes pensรฉes. Tu bois dรฉjร la โtasse, chรฉrie. J’en ai jamais assez. Je voudrais boire la tasse ร l’infini et devenir la mer. ร dรฉfaut, fabrique-moi des โmots, s’il te plaรฎt. Juste ce qu’il faut pour me bercer, le ventre rรฉchauffรฉ. Tu m’en demandes trop, je ne suis pas โpoรจte. Bien sรปr que si. Alors, รงa vient, ces mots ? Lรจve-toi, chรฉrie, et tournoie devant moi. Quand tes doigts โtoucheront les รฉtoiles, je danserai avec toi.
JE
Il n’y a rien ร rรฉussir, je le sais. Seulement ร vivre ce qui est lร . Les envolรฉes, les รงa-ne-va-pas. Le vent. L’orage. Ses bras. โMรชme les falaises s’รฉcroulent, parfois. On ne leur en veut pas. Me laisser glisser dans ses bras, j’aimerais รงa, recevoir cette โtendresse-lร . Fondre dans ce gris, ardoise falaise, craie caillou, rosรฉ, bleutรฉ, รงa se mรฉlange et pourtant je distingue le sable โde l’รฉcume et la roche du sentier. ร mes pieds, le fleuve s’y jette, lui. Sans rรฉflรฉchir. Je rรชve de son suave qui m’enlace et le โcafรฉ me semble froid.
Il n’y a rien ร rรฉussir. Seulement ร recevoir. Du plus haut point de la plage, des jeunes jettent dans l’รฉcume des galets qui โont, dรฉjร , tant connu la puissance des vagues. Charriรฉs, malmenรฉs, hurlant de leur roulement. Leurs gestes vifs, presque โagressifs, lancent dans l’air l’รฉnergie de l’envie. Du dรฉsir de vie. Un frisson naรฎt puis couve bien au chaud dans les creux de โmes tripes, et tout au fond, la vibration du raclement d’une pierre contre une autre, au milieu d’autres, milliers de bouts de โroches un jour sรฉparรฉs, qui se retrouvent et se confrontent, tapis de points de contact sous mes pieds et en moi, โfrottements imposรฉs, c’est doux et c’est rugueux. De loin, mรฉlanges en fusion, de prรจs rencontres ร l’improviste, choc au โsemblable pourtant si diffรฉrent, unique, qui touche la surface, me rejoint, visite mes recoins, et puis repart au loin.
Il n’y a rien ร rรฉussir, seulement ร accueillir. Voilร que le soir tombe. Les gris perdus dรฉsormais dans les noirs, tout est plus โcontrastรฉ. Lumiรจres des rรฉverbรจres sur le relief du ressac forment peau mouvante de reptile prรฉhistorique. Immense et โsombre. Affleure dans la pรฉnombre, menace. Ses รฉcailles, brillance ร la surface, agitent mon striatum, excitent mon โsystรจme limbique. Je panique. C’est terrible et si beau que je voudrais m’y jeter. Sauter lร et pรฉrir car l’appel est trop fort, de โla mer d’oรน je viens et oรน je m’en irai aprรจs avoir vรฉcu. Tout vรฉcu. Tout reรงu. La violence, la vie, l’extase et lui. Ce n’est pas โpour ici. Aujourd’hui je ne plongerai pas. Il n’y a rien ร rรฉussir, seulement, un peu encore, ร รชtre lร .
ILS
Sur la mer, goรฉland. Il attend le moment, juste, pour s’envoler. Capte le sens du vent, plisse les yeux un instant. Il n’y a pas ร โs’affoler. L’oiseau et la bise se caressent et se mรชlent depuis si longtemps. Ils se connaissent, prรฉsents, portants, discrets โl’un pour l’autre pourtant. Plumes luisantes, glissantes que plus rien n’atteint. Corps lรฉgers, dociles ร soulever et ร virevolter. โLeurs couleurs mรชme se mรชlent et se rรฉpondent, contours disparaissent, ne restent, que les chairs qui s’emmรชlent et se โtraversent. Particules d’embruns dans les ailes, dans les os, car le vent les pourfend. Pointe douce arrondie de la plume qui โtombe et transperce la brume, et trace froissรฉe dans l’air un signe poli, un poรจme, un je t’aime retenu, se pose sur le rivage il โn’y a pas ร insister.
Dans les terres, le merle. Sur le troรจne derriรจre la maison, il rรฉpond ร l’humain qui se tient, debout, lร . Humain siffle et oiseau โparle. Il y a dans l’air la collision de leurs sons et des grains de poussiรจre tombรฉs de l’atmosphรจre. Des pollens. Des haleines. โUne dรฉlicatesse ร sentir, dans l’instant sautillant, la force de leur lรฉgรจretรฉ. Une tristesse ร penser qu’un jour, ils viendront ร โmanquer. Et voilร que pour chasser la peine, un mouvement s’invite, venu de la cรดte ou d’on ne sait oรน, d’une cellule d’un โbattement de cลur, et d’un coup les corps dansent, lancinants, s’arrรชtent avec le temps et reprennent, micro-โbalancements qui contiennent le passรฉ, le prรฉsent, l’eau d’antan et l’air des champs, tout ร cรดtรฉ, รฉpaissis de millions de โpatientes annรฉes. Le merle ploie la branche et cache son plumage derriรจre les feuilles รฉpaisses et vertes, si intenses qu’elles โen sont presque noires. Humain se tait. Comprime en l’instant le big bang et cette mรฉlodie fugace qui persiste en son crรขne, โil s’interroge sur la prochaine รฉtape. La prochaine fois. L’autre fois. Il faudra prรฉciser. Plus tard. Pour l’heure ne reste qu’ร โposer le prochain pied.
ibrida folia

โ ibrida folia, 24*32cm
รCOLOGIE ET LIBERTร
Un texte largement imparfait, que je chรฉris nรฉanmoins car il marque un temps fort de ma quรชte littรฉraire, le dรฉbut de l’hybridation entre rรฉcit et poรฉsie…
Car, voyez-vous, je suis arrivรฉe ร la libertรฉ par le haut. Par le ciel. De trop haut. Le grand idรฉal. Boum. La chute nโen fut que plus belle. Mais je nโabandonne pas. Je remonte la pente comme une enfant le toboggan. Je suis mon ambition comme ma bonne รฉtoile. ยซย On ne prend pas le toboggan ร lโenvers !ย ยป crie la maรฎtresse. Mon regard se renverse. Et pourquoi pas ? Bien sรปr que si. Si les toboggans nโexistaient pas pour รชtre remontรฉs ร lโenvers, les toboggans nโexisteraient pas. Libertรฉ, poil ร gratter.
Si ce nโest pas une rรฉvolution, ce sera au moins un changement de cap, pleins gaz sur la ligne courbe ! Je reprends le fil, fil tors, fil rebelle, il nโen fait quโร sa tรชte dans les nuages. Il sโรฉlรจve, mais pas trop haut, chat รฉchaudรฉ se garde un fil ร la patte. Il flotte entre deux eaux, mollement, il retombe, et moi avec lui, je chute lentement, sans un bruit, je chute, chut ! jusquโร lโamas moelleux des bulles entassรฉes lร , chaudement, dans le coin dโune page. Je pourrais rester lร , oublier pour toujours mes rรชves de libertรฉ, me laisser fondre et pelotonner dans ce petit coin douillet, mais au sommet de la plus haute des bulles, il y a la panthรจre noire qui me regarde. Et elle attend.
รcrire la libertรฉ, peindre la libertรฉ, oser la libertรฉ, cโest comme chercher la lumiรจre au milieu dโune รฉpaisse forรชt de sapins. Cโest rugueux. รa pique. Il faut grimper, regarder au-delร de ce que lโon voit trop. Avancer lentement, point par point seulement. Le lourd nappage du conformisme dรฉgouline et mโensevelit parfois. Cโest sucrรฉ, rond, comme une รฉvidence. Mais le confort mโuse, il est รฉcลurant et je remonte, sors la tรชte du sirupeux, encore ensuquรฉe. Quโil est loin, merde ! le point de lโinfini !
Jโavance malgrรฉ tout, les carrefours sโenchaรฎnent et je change de direction, jโavance, mais reviens au mรชme point. Je vois lโautre chemin mais je ne lโatteins pas. Est-il si diffรฉrent de celui-lร ? Verte forรชt et forรชt verte. Verts sapins et sapins verts. La boucle se boucle et se referme sur moi, encore une fois. Revoilร les bulles joyeuses et savonneuses, gluantes et poisseuses.
ยซย Savoir, cโest รชtre libreย ยป, dit la maรฎtresse. Moi je voudrais avoir le choix. Savoir, ne pas savoir, goรปter parfois ร lโinsouciance de lโignorance. Sauter ร pieds joints sur le trampoline de la vie, sans savoir de quoi demain sera fait. Oser les chemins de traverse, prendre lโรฉchangeur pour mieux quitter la large route, la nationale, la dรฉpartementale, sโarrรชter en rase campagne.
Ici, on voit les รฉtoiles. On danse en spirale. Le vent chasse les nuages et quand on tourne en rond le rond devient ellipse, tes lips, sur tes lรจvres des mots, en dehors de ta bouche des mots, dans la piรจce des mots, dans lโespace des mots, petits puis gros, immenses et bientรดt partout, รฉnormes et explosifs, ils griffent, chahutent et remettent les pendules ร lโheure et lโheure ร la bonne.
Parce quโil y en a marre, et que les รฉtoiles jetรฉes six pieds sous terre il faut les dรฉterrer et les raccrocher aux nuages, lร -haut au-dessus, bien au-dessus de la cime des sapins. Et tant pis pour les รฉcorchures, la boule au ventre et les nลuds au cerveau, la panthรจre noire les croquera, les mรขchera et les recrachera en une bouillie ruisselant jusque dans le sol, et avec un peu de lumiรจre et quelques gouttes de pluie et la patience infinie de la vie, il en poussera des champignons qui relieront les รชtres et les possibles, et de nouveaux sapins qui, encore et encore, pointeront dans la bonne direction. Du sol au plafond.
Conclusion. Nouvelle ligne de dรฉpart. Tiens bon, suis le champignon, la bulle sโรฉlรจve. Tiens le bon bout, celui des rรชves, des rรชves fous. Tiens la corde, poursuis ta route sans craindre les dรฉtours. La libertรฉ est lร . Juste ici autant que loin lร -bas.
ibrida folia
FACE AU VENT
ibrida folia

โ ibrida folia, 24*32cm

โ ibrida folia, rocheuse, 21*29,7cm
CE QUI N’EN VEUT PLUS, D’รTRE CONTENU
ibrida folia
ร TRAVERS (LES SURFACES)
ibrida folia

โ ibrida folia, 24*32cm

โ ibrida folia, 24*32cm
HERBES FOLLES
ibrida folia
NOUS NOUS ร CONTRETEMPS

โ ibrida folia, 16*23cm
Je t’รฉcris trop souvent. Tu rรฉponds peu, jโattends. Tu me lances un dรฉfi ? Un thรจme ร dessiner, des mots ร poser, nโimporte quoi pour patienter. Le rythme, justement, tu me lances. La vitesse, dynamique. Et voilร que ma plume bat des ailes et mes idรฉes parcourent le ciel. รa fuse effilรฉ. Des boucles, des traits, dโaprรจs ce que je sais de toi, j’en sais peu mais je sais รงa, que tu cherches le rythme. Que tu souffres de la course, comme tant autour de moi. Que tes dรฉfis sont tes joies tout autant que la cage qui se referme sur toi. Tu agis, je dessine, tu t’isoles, je mรฉdite et dilate le prรฉsent, et toi tu marches vite, ร contre-courant, la vie est courte et il faut tout oser tu dis, tes dรฉfis, il y en a tant, tu dรฉfies le temps, j’ai l’envie de te dire ยซย mรฉfie-toi, il est puissantย ยป mais tu le sais dรฉjร , il emporte comme le courant, on le sait mais on ne sait pas quoi faire, le cargo arrive, on arrive, on ne sait pas bien oรน mais on arrive, on se presse, on dรฉbarque, on s’agite, la vie passe et dรฉjร il est temps de partir, dรฉlire, te lire, j’attends, et finalement je me demande, si puissant le temps ? charlatan, sa pression que du vent ! qui porte les oiseaux, certes, et leur chant plus rapide que n’importe quel instrument, le chant du pouillot aussi vรฉloce que le vent, mais le chant du bruand ralentis-le et il vibre comme la corne de brume qui envahit l’espace jusqu’ร tes coronaires et place, dans l’air, cette รฉtreinte de l’instant qui s’arrรชte, suspens, te prend, t’arrรชte, quand je dessine je ne le vois plus passer, le temps, et les chansons s’enchaรฎnent, sang chรชne, l’hiver est lร et la sรจve au repos, le chรชne sans son sang, ralenti et sans feuilles, mortes, mais l’oiseau battra des ailes et le temps reprendra, trop vif ou trop lent, les feuilles reviendront et l’oiseau se posera, ร nouveau, sur la branche, sur ton dos, et tu auras trois ans, tu courras et il s’envolera, tu t’arrรชteras et il te regardera, รฉtrange cette fois, quelque chose a changรฉ, c’est la vie qui l’a quittรฉ, mais comme รงa ou autrement elle rรฉapparaรฎtra, car le temps n’existe pas, tu agis, je mรฉdite, รงa change tout et รงa ne change rien, refrain, re-frein, t’arrรชter, tu aimerais bien, mais rien c’est la mort… rien c’est la mort ? pas la mort, tu sais bien, mais la peur, tu agis et c’est bien, l’air est dense de tes gestes et des plumes qui volent autour de toi, c’est bien mais tu vois mal, tu danses les yeux fermรฉs, la musique est forte et le rythme t’emporte, tu danses, tu pleures, et quand tu pleures tu meurs un peuโฆ tu meurs un peu ? tu pleures, essuies tes yeux et regardes en arriรจre, tu souris, รงa fait du bien le chemin parcouru, retourne-toi ! tu dis, fais le choix du poรจte et pas celui de l’amoureux tu dis, je ris, c’est qu’Orphรฉe aux enfers, il s’est retournรฉ et elle est morte deux fois, Eurydice, ah ah, tu vois, le temps n’existe pas, elle est morte deux fois, et moi je rรชve d’รชtre les deux, mais les deux ร la fois cela ne se peut pas, dit-on, il y a deux temps, trois temps, la valse t’emporte jusqu’ร mille temps, tu tangues, tu souffles, voilร qu’ร nouveau il va trop vite, le temps, tu cherches le rythme, partout, tout le temps, et moi j’attends de ne plus t’attendre, me rends, vas-t’en, je t’en prie, vas-t’en, non, ne bouge pas !, l’oiseau est lร , sur ton doigt, profites-en, un jour il disparaรฎtra, ils disparaรฎtront tous, on l’aura bien cherchรฉ, et nous aussi on disparaรฎtra tous, on l’aura bien cherchรฉ, ร force de l’รฉviter, la mort, et voilร que j’ai peur, que le temps me revient en plein milieu du cลur, poignard rieur, j’ai peur, de perdre les oiseaux, et toi, tu as peur ? j’aimerais savoir, dis-moi, tu as peur ? tu as peur de quoi, toi ? par la fenรชtre je le vois, l’oiseau est bien vivant, mort et vivant en mรชme temps, comme le chat, ce chat-lร , tu sais, le chat quantique qui fait faire des sauts quantiques, je mรฉdite, j’ai toujours peur mais un peu moins, le chat chasse l’oiseau et moi mes pensรฉes, je pense aux vanitรฉs, l’oiseau est mort, tu le vois bien, son crรขne nu, lร , tu ne vois que รงa ! mais l’oiseau n’est pas mort, tu les vois bien, ses ailes qui battent, lร , tu ne vois que รงa ! je regarde, tu regardes, garde, ton calme, mon calme, ralentis, s’il te plaรฎt, ralentis, juste le temps d’une pause, pose-toi sur la branche fรฉbrile et respire, elle ne cassera pas car si tu mรฉdites avec moi on atteindra le poids de l’oiseau, tu mรฉdites avec moi, dis ? c’est que j’aimerais que tu soignes un peu de ton toi pour repartir au bon endroit, moins vite et plus fort, le chat passe devant nous, comme le temps qui n’existe pas continue tout de mรชme de passer, il a ratรฉ l’oiseau et moi je t’ai ratรฉ, cette fois-lร , mais รงa n’a pas d’importance, rien n’a d’importance car tout s’effacera et l’oiseau reviendra, et s’il ne revient pas ils diront c’est le destin mais nous on saura, on aura essayรฉ, on aura mal et notre idรฉal blessรฉ, j’ai peur de รงa aussi mais je laisse passer et toi tu agis, et au fond, tout au fond, il y a la confiance, je le sais je l’ai vue, pas vue mais perรงue, tu la sens tout au fond de ton toi ? elle est dรฉjร lร , depuis toujours et pour toujours, et l’oiseau dans le ciel il dit merci quand mรชme, il est lร et pour toujours, dans les ondes de la valse ou la poussiรจre de l’air. J’appuie sur โenvoyerโ, texte et dessin expรฉdiรฉs, et voilร quโil est l’heure d’รฉteindre la lumiรจre, il y a trop de lumiรจre, ici, je dois me reposer, et toi lร -bas, aussi, oser cesser de bouger.
ibrida folia
Ce texte est extrait du roman-poรจme UNE PLUME D’OISEAU, accessible ICI en intรฉgralitรฉ.

