LE RECUEIL EN COURS

365 poèmes et illustrations poétiques, un·e par jour sur une année… pour continuer de raconter, après UNE PLUME D’OISEAU, ce qui se noue et se dénoue, avec ardeur, avec douceur, avec violence, dans les relations femmes-hommes-nature.
Suivre les avancées sur Linkedin et Facebook. Objectif de finalisation : décembre 2026.
Extrait réalisé en résidence d’écriture avec l’association Pré’Textes, en Finistère Nord en avril 2026 :
UNE PLUME D’OISEAU
UNE PLUME D’OISEAU, c’est une histoire d’amour, de désir, de reconnexion au vivant, en soi et autour de soi. C’est l’histoire d’une rencontre inattendue, aussi merveilleuse que bouleversante, chemin d’un déséquilibre, d’un rapport de force sournois, et d’une tentative entêtée de liberté.
Démarche de recherche écoféministe autour d’un roman-poème illustré, achevé à l’été 2024.
BABEL
Collaboration artistique avec Martin Perrin alias CORDE TENDRE. Illustrations pour son roman « BABEL », œuvres originales 10,5*15cm – encre de Chine, encres aquarelles et impressions dactylographiées sur papier.
Extraits :
LA PETITE HISTOIRE
Qu’est-ce qu’un récit ? Qu’est-ce qui s’y opère ? Une rencontre. Une transformation. Une résonance. LA PETITE HISTOIRE, c’est le récit d’un récit, l’histoire d’une histoire qui commence toute petite, quatre mots seulement : “Il était une fois”. Rien que ça. Même pas une phrase entière ! Colère.
Mais la petite histoire ne veut pas en rester là, alors elle va se mettre en quête… de mots, des autres, du vivant… et d’elle-même.
COLLAGES & TEXTES

RIEN D’AUTRE À FAIRE
En écoute :
L’histoire rebondit à cloche-pied d’esprit en esprit, charriée par le vent qui la dépose à la surface de l’eau. Celle des fontaines. Celle des peaux.
Je dois dire l’histoire, ou elle me poursuivra. Se concentrer assez. Rassembler les mots. Les écrire à la suite. C’est difficile, ils sont éparpillés et pas d’accord pour se donner la main. L’étang. Les temps. Beau temps. Sale. Sale temps. Le saltimbanque et le manque. L’étang, la rivière et la mer. La mère. Amère. Sa fuite et la suite. La mère qui s’enfuit avec sueur, peur. Je ferme les yeux.
La meute jaillit du bois, sûre d’elle en tout poil. Grise. Ses yeux rouges dans la nuit. Il fait tellement nuit. Le loup de tête est immense, grand comme trois, dents dehors. De l’étang les animaux s’enfuient. Mare trou noir aux berges désertes, herbe rase. Dans l’étang seule, la femme, reste, immergée de candeur. Clapotante sous la lune dans l’eau. Elle n’est pas que candeur. Du loup elle a senti l’odeur, et ses algues-cheveux qui raidissent les bêtes, elle le sait.
Loup s’approche et se coule. La rejoint. Leurs fourrures se mêlent. Leurs peaux tout entières se mettent à vibrer, bruyantes dans le pré. Cela est savoureux, cela est dangereux. Il sera toujours temps de partir, se dit-elle. Loup la réchauffe mais bientôt il la tient, la retient et la rive est trop loin. Peau nue de la femme se cabre, pieds sans fond elle ne peut se débattre, elle gémit. Une onde l’envahit, et contre elle loup pose, dans un sursaut, l’étrange chose. Elle blêmit.
C’est tout emmailloté de blanches bandes tissées, une larve. Chenille rose battante de chairs chaudes. Enveloppée bien vivante. Fascinante. Elle a peur tout à coup que la chose se noie, la presse tout contre elle. Loup se dégage, nage bord de mare, monte berge et se tient là, droit, la regarde. En lisière.
Elle hurle. Qu’as-tu fait ? Monstre ! Fauteur de monstre. J’espère que tu mourras de honte. Mais au monde des loups, jamais les loups ne meurent. La meute revient et l’entoure, et la femme se coupe en deux par son milieu. Le trou d’eau devient un monde entre les mondes. Celui des hommes, dont la loi est mortelle. Où les rivières sont frontières. Celui des âmes. Cruel. Libre. Où les rivières exaucent les prières. Je voulais être libre. Je me déchire. Homme, je ne suis plus qu’un corps puisque tu fermes les portes du tien. Loup, je deviens loup puisqu’il me faut montrer les dents pour prétendre être ton égale. En vain. C’est interdit d’avoir un cœur immense comme ça. Emprisonnée de la mare à regrets, le jour ne peut pas se lever ! Je me berce pour me rassembler, fredonne et caresse mes bras. De toi ou de moi, lequel est le plus fol ? Il est le courant naturel, tu le sais. Nos fourrures tissées… Reviens. Il faut terminer de créer.
Elle prie, tente de se recoudre de ses mots en refrains, mais loup s’en va, elle lâche et s’enfonce, disparaît dans le fond du marais et son enfant se noie, et de ce nulle part sa voix tout à coup forme un ru qui s’échappe, coule à travers temps. À travers la fille qu’elle a née précédemment, la fille de sa fille, et encore la suivante, et encore jusqu’à moi.
Je rouvre les yeux. La meute est partie mais je la sais dans le bois, à côté. Je sais qu’un plus jamais est une fin de fable que les loups servent pour mieux recommencer. Sur le papier je coulerai des encres, pour rien mais il n’y a rien d’autre à faire. Sur le papier, je glisserai les mots. Pour rien mais il n’y a rien d’autre à faire.

MES FRAGMENTS ENTERRÉS
Tu as enterré
Tous les fragments de moi
Écailles de queue de poisson
D’une Mélusine dragon
Râclées
Au fil de ta lame émoussée
Au cimetière des pestiférés
Tu as enterré
Tous les fragments de moi
La ligne de branche de mon bord de joue
Que tu caressais autrefois
Brisée de tes mains froides
Effritée petit bois
Au cimetière des pestiférés
Tu as enterré
Tous les fragments de moi
Mes cheveux paresseux
Sinueux pas coiffés
Encensés de tes mots
Soudain tirés, coupés, liés
De ton dédain déni
Tu as enterré
Tous ces fragments de moi
Volés par le trou des serrures
Où tu m’as regardée
Porte fermée
Mise à l’écart
Tu t’es caché
Volant l’image
À la volée
Tu m’as volée
Par bribes de choix
Morceaux de moi
Le bout de rouge
Sur mes lèvres
La lueur
Dans l’eau de mes pupilles
Un ébouriffement
Que tu trouvais charmant
Au cimetière des pestiférés
Tu as enterré
Tous ces fragments de moi
Ne reste que solide
En bloc
Immuable
Héritée de ma mère
Et de sa mère
Et de mes sœurs
Cette malédiction
Vous pardonner
Forcées
Vous pardonner
Sans jamais l’être
De nos ondulations
De nos frétillements
De voiles
Que vous prenez sans tenir promesse
Dont vous usez pour nourrir ambition
Dispositifs
Opératifs
Et lignes de productions
Nous brisant
De la malédiction
Du pardon
Et de la mort
De l’âme affolée qui jamais plus paisible
Ne dort
TABLEAUX & TEXTES

CONTAGIONS DE SURFACES
18*26cm – encre de Chine, aquarelle et impression numérique sur papier

ET LA MER
18*26cm – encre de Chine et aquarelle sur papier
ELLE
Elle se tient droite, haut de falaise, et l’eau monte en elle d’un coup, du nombril aux paupières. Cela faisait si longtemps qu’elle n’avait pas vu la mer. Ça fait mystère, un truc pareil, qui bouscule et apaise en même temps. Elle se laisse déborder, des larmes glissent jusqu’à ses pieds, laisse passer, se tourne et emprunte le sentier. Descend. Barbelés. Contourne les flaques de la fin de journée, pas japonais de sable inondés. Son regard passe de l’horizon qui se fait flou désormais, aux lumières de la ville de l’autre côté. Pupilles scintillent. Elle arrive à la plage, se déshabille, avance jusqu’à l’eau et s’y plonge, glaciale, se fige, elle se laisser couler, touche les roches du fond, rochers cachés, murènes interstitielles se terrent dans les trous fissurés. Elle tape du pied et remonte, respire, l’air de ses poumons et les embruns de son visage fuient par le vent vers le Havre et son orage lointain. Flashs à travers les nuages, bas, chargés de gouttelettes épaisses et infinies qui étouffent le tonnerre et dilatent les éclairs. Les boules de lueur projettent leurs ondes vitesse vers celles qui flottent à la surface de l’eau, un cargo puis un autre, encore, ça fait chenal en pointillés allumés jusqu’aux points rouges brûlants de l’autre côté, les éoliennes offshore, une, deux, trente elle ne peut les compter, lumières clignotantes persévérantes jusqu’à la côte, sautent à pieds joints sur celles de la ville qui envahissent le ciel, bondissent en un halo violent, pas assez pour éteindre les astres. Les étoiles au-dessus de sa tête, elle s’allonge à la surface de l’eau, sourit aux ribambelles qui la voient de là-haut. Lui clignent d’un œil un secret d’univers. À ses pieds, la falaise à l’envers.
TU
Le temps est long, ici. Et le vin est bon. La marée monte et le bruit des vagues avec elle. Tu t’allonges sur le sable, avec moi ? Sous les étoiles. Les étoiles, on ne les voit pas, mais on peut faire comme si. Ton bateau a tangué, chérie, tes démons l’ont malmené. Mais il ne coulera pas. Tu es plus forte que tu ne le crois. Mets ta main dans la mienne, si ça aide, et pardonne-moi d’être arrivé si tard. Tu dis n’importe quoi, le timing est parfait. Allonge-toi, je t’en prie, allonge-toi, et écoute-la. Qui ça ? La nana, là-bas, perchée sur ses talons au milieu des galets, alors que le jour fait sa malle pour danser loin des étoiles ? La mer ! Écoute la mer, bêta ! Tu ris, et les éclats de ton rire c’est une pure folie. Tu t’en fous, de la mer, là, tu ne vois que ces jambes interminables qui se terminent quand même, sur trente centimètres de jupe… Ça plaît aux hommes, ça, hein ? Ça fait tourner leurs têtes. Et tu es ivre. Un peu, pas trop. Tu voudrais oublier, n’est-ce pas ? Tu demandes l’impossible, chérie, tu le sais. Tais-toi, je ne veux plus jamais entendre que c’est impossible. Tu la vois, la mer, se noyer dans le ciel, la tête à l’envers ? Elle oublie tout, elle, chaque jour. Mais tu n’es pas la mer. Jette un caillou et bois un coup. Ressers-moi donc du vin, j’aime tes mots qui me recadrent et caressent les miens, je te l’ai déjà dit ? Non mais je l’ai entendu. Tes pensées sont si denses qu’on pourrait les toucher. Tes mots et ta langue, ils applaudissent mes failles pour mieux les combler. C’est que j’aimerais te plaire, un jour. Mais tu me plais déjà. Je devrais peut-être raccourcir ma jupe… Mais tu me plais déjà, j’ai dit. Cesse de dire des bêtises. Ça y est, je la vois. Quoi ? La mer. Tu n’aimerais pas voir mes jambes ? Bien sûr que j’aimerais voir tes jambes, mais on n’a pas pris les maillots. . Et alors, tu vois quoi ? Je vois un morceau d’infini. C’est joli. Je voudrais me baigner. Plonger, plonger, noyer la mer et mes pensées. Tu bois déjà la tasse, chérie. J’en ai jamais assez. Je voudrais boire la tasse à l’infini et devenir la mer. À défaut, fabrique-moi des mots, s’il te plaît. Juste ce qu’il faut pour me bercer, le ventre réchauffé. Tu m’en demandes trop, je ne suis pas poète. Bien sûr que si. Alors, ça vient, ces mots ? Lève-toi, chérie, et tournoie devant moi. Quand tes doigts toucheront les étoiles, je danserai avec toi.
JE
Il n’y a rien à réussir, je le sais. Seulement à vivre ce qui est là. Les envolées, les ça-ne-va-pas. Le vent. L’orage. Ses bras. Même les falaises s’écroulent, parfois. On ne leur en veut pas. Me laisser glisser dans ses bras, j’aimerais ça, recevoir cette tendresse-là. Fondre dans ce gris, ardoise falaise, craie caillou, rosé, bleuté, ça se mélange et pourtant je distingue le sable de l’écume et la roche du sentier. À mes pieds, le fleuve s’y jette, lui. Sans réfléchir. Je rêve de son suave qui m’enlace et le café me semble froid.
Il n’y a rien à réussir. Seulement à recevoir. Du plus haut point de la plage, des jeunes jettent dans l’écume des galets qui ont, déjà, tant connu la puissance des vagues. Charriés, malmenés, hurlant de leur roulement. Leurs gestes vifs, presque agressifs, lancent dans l’air l’énergie de l’envie. Du désir de vie. Un frisson naît puis couve bien au chaud dans les creux de mes tripes, et tout au fond, la vibration du raclement d’une pierre contre une autre, au milieu d’autres, milliers de bouts de roches un jour séparés, qui se retrouvent et se confrontent, tapis de points de contact sous mes pieds et en moi, frottements imposés, c’est doux et c’est rugueux. De loin, mélanges en fusion, de près rencontres à l’improviste, choc au semblable pourtant si différent, unique, qui touche la surface, me rejoint, visite mes recoins, et puis repart au loin.
Il n’y a rien à réussir, seulement à accueillir. Voilà que le soir tombe. Les gris perdus désormais dans les noirs, tout est plus contrasté. Lumières des réverbères sur le relief du ressac forment peau mouvante de reptile préhistorique. Immense et sombre. Affleure dans la pénombre, menace. Ses écailles, brillance à la surface, agitent mon striatum, excitent mon système limbique. Je panique. C’est terrible et si beau que je voudrais m’y jeter. Sauter là et périr car l’appel est trop fort, de la mer d’où je viens et où je m’en irai après avoir vécu. Tout vécu. Tout reçu. La violence, la vie, l’extase et lui. Ce n’est pas pour ici. Aujourd’hui je ne plongerai pas. Il n’y a rien à réussir, seulement, un peu encore, à être là.
ILS
Sur la mer, goéland. Il attend le moment, juste, pour s’envoler. Capte le sens du vent, plisse les yeux un instant. Il n’y a pas à s’affoler. L’oiseau et la bise se caressent et se mêlent depuis si longtemps. Ils se connaissent, présents, portants, discrets l’un pour l’autre pourtant. Plumes luisantes, glissantes que plus rien n’atteint. Corps légers, dociles à soulever et à virevolter. Leurs couleurs même se mêlent et se répondent, contours disparaissent, ne restent, que les chairs qui s’emmêlent et se traversent. Particules d’embruns dans les ailes, dans les os, car le vent les pourfend. Pointe douce arrondie de la plume qui tombe et transperce la brume, et trace froissée dans l’air un signe poli, un poème, un je t’aime retenu, se pose sur le rivage il n’y a pas à insister.
Dans les terres, le merle. Sur le troène derrière la maison, il répond à l’humain qui se tient, debout, là. Humain siffle et oiseau parle. Il y a dans l’air la collision de leurs sons et des grains de poussière tombés de l’atmosphère. Des pollens. Des haleines. Une délicatesse à sentir, dans l’instant sautillant, la force de leur légèreté. Une tristesse à penser qu’un jour, ils viendront à manquer. Et voilà que pour chasser la peine, un mouvement s’invite, venu de la côte ou d’on ne sait où, d’une cellule d’un battement de cœur, et d’un coup les corps dansent, lancinants, s’arrêtent avec le temps et reprennent, micro-balancements qui contiennent le passé, le présent, l’eau d’antan et l’air des champs, tout à côté, épaissis de millions de patientes années. Le merle ploie la branche et cache son plumage derrière les feuilles épaisses et vertes, si intenses qu’elles en sont presque noires. Humain se tait. Comprime en l’instant le big bang et cette mélodie fugace qui persiste en son crâne, il s’interroge sur la prochaine étape. La prochaine fois. L’autre fois. Il faudra préciser. Plus tard. Pour l’heure ne reste qu’à poser le prochain pied.
ibrida folia

DÉSIR DE VIE
Je croyais ma peau paroi. Séparante. Barrière au dehors. Dedans, il y a moi. Dehors, il y a les autres, je ne suis pas le chamois ou la taupe. Mais à bien y regarder, à bien y ressentir, elle est si ébréchée, cette peau. Trouée. Percée. Passage à traversées. Les flux circulent. Les eaux, les molécules, un petit peu de toi, un petit peu du chamois, de la taupe et du ruisseau. Et surtout de ces arbres qui sont là, devant moi, dénudés de l’hiver. Ils sont aussi dedans, dormants seulement pour quelques temps, car nous venons de là, et car je rêve de ça.
Si j’écoute, je sens ; que ça grouille, se croise et se cogne, au-dehors. Cherche à me transpercer. Me transformer. Pénétrer ma chair et ma pensée. De la matrice, impossible de s’échapper. Si j’écoute, je sens ; que ça bouge et ça tire au-dedans. Ça cherche à sortir. Par la bouche, les narines, et les pores de ma peau. Projeter au-dehors une trace. Une parole. Poser enfin, quelque part, ces quelques lettres rebelles.
Une goutte après l’autre, un pas après l’autre, j’apprivoise ce qui vient du dedans et le pose au dehors. Une goutte après l’autre, un pas après l’autre, j’apprivoise ce qui vient du dehors et l’incorpore. Hybridation. Trajection. Échange de flux. Donner. Recevoir. Accueillir. Offrir une énergie. La voler. Car c’est de cette force-là dont il s’agit. Immense. Vertige. Désir de vie.
ibrida folia
AUSSI TOF
Juste pour la poésie. Sans matos. Sans prétention. Quelques traces d’inspiration et présents du moment…
Elise Levinson – ibrida folia
































